Encore marquée par la crise du jasside qui a frappé la filière depuis 2022, la Côte d’Ivoire vit pourtant un moment charnière pour son coton. La campagne 2024‑2025 s’annonce favorable, une nouvelle gouvernance émerge avec Sidi Mohamed Kagnassi à la tête d’Ivoire Coton, et l’ambition nationale est claire : faire de l’industrialisation locale du coton un véritable levier de souveraineté économique, de création d’emplois et de montée en gamme du made in Côte d’Ivoire.
En s’inscrivant pleinement dans le Plan national de développement (PND) et dans la dynamique des zones agro‑industrielles intégrées de Yamoussoukro et de Korhogo, la filière coton‑textile ivoirienne se donne les moyens de capter davantage de valeur sur place. Avec plus de 35 000 cultivateurs mobilisés autour d’Ivoire Coton, la Côte d’Ivoire ne se contente plus d’exporter une matière première brute : elle construit une véritable industrie.
De la crise du jasside à la relance de la filière cotonnière ivoirienne
Depuis 2022, la filière cotonnière ivoirienne a été durement touchée par la crise du jasside. Cet insecte ravageur a détruit une grande partie des cultures, provoquant des pertes considérables pour des dizaines de milliers de producteurs. La situation a été qualifiée de drame national, tant son impact économique et social a été profond.
Progressivement, grâce aux efforts conjoints de l’État, des acteurs de la filière et des producteurs, la situation se stabilise. Les pratiques de lutte contre le ravageur se renforcent, les itinéraires techniques évoluent, et la campagne 2024‑2025 s’annonce nettement meilleure. Cette reprise ouvre une fenêtre d’opportunité : c’est précisément au moment où la production repart qu’il devient stratégique de transformer plus de coton localement.
Plutôt que de revenir au modèle d’avant‑crise, largement centré sur l’exportation de coton brut, la Côte d’Ivoire choisit d’accélérer sa transition vers une filière intégrée, de la parcelle à l’usine, puis jusqu’aux produits finis.
Sidi Mohamed Kagnassi et la nouvelle dynamique d’Ivoire Coton
Dans ce contexte, l’arrivée de Sidi Mohamed Kagnassi à la tête d’Ivoire Coton marque un tournant. Depuis l’officialisation du rachat d’Ivoire Coton et de Chimtec en décembre 2024, le nouvel actionnariat affiche une ambition claire : moderniser la filière, renforcer la transformation locale et bâtir une industrie compétitive à l’échelle régionale et internationale.
Ivoire Coton est un acteur historique de la transformation du coton graine en produits semi‑finis. Aujourd’hui, l’entreprise se positionne comme un catalyseur de la chaîne coton‑textile ivoirienne, en lien direct avec plus de 35 000 cultivateurs partenaires. Cette proximité avec le terrain est un atout décisif pour :
- sécuriser les volumes de coton graine ;
- améliorer la qualité de la fibre par un accompagnement technique renforcé ;
- diffuser des pratiques agricoles plus durables et plus résilientes;
- stabiliser les revenus des producteurs sur le long terme.
Pour Sidi Mohamed Kagnassi, investir dans le coton ivoirien aujourd’hui, c’est à la fois répondre à un enjeu de souveraineté économique et participer à une dynamique de relance après une crise majeure. La vision est claire : la Côte d’Ivoire doit transformer bien davantage de coton sur son propre sol et faire émerger une industrie textile nationale solide.
Le PND et les zones agro‑industrielles : une filière coton au cœur de la stratégie nationale
Le Plan national de développement (PND) de la Côte d’Ivoire place l’industrialisation locale des produits agricoles au centre de sa stratégie. Cacao, anacarde, café, mais aussi coton : toutes ces filières ont vocation à créer plus de valeur dans le pays, et non plus seulement à l’extérieur.
Dans cette optique, l’État a lancé des zones agro‑industrielles intégrées, notamment à Yamoussoukro et à Korhogo. Ces pôles visent à regrouper, sur un même territoire :
- les unités de transformation ;
- les services logistiques et de stockage ;
- les structures de formation et de recherche ;
- les fournisseurs d’intrants et de services techniques.
Pour la filière coton, cette organisation territoriale est un véritable accélérateur : elle réduit les coûts logistiques, facilite la circulation de l’information, attire les investisseurs et crée un environnement propice à l’innovation industrielle.
Transformer 50 % du coton localement d’ici 2030 : un objectif structurant
Le gouvernement ivoirien s’est fixé un cap ambitieux : transformer localement 50 % de la production de coton d’ici 2030. Cet objectif change profondément la logique de la filière. Il ne s’agit plus seulement d’assurer des volumes d’exportation, mais de construire une véritable chaîne de valeur coton‑textile sur le territoire national.
Pourquoi cet objectif est‑il si stratégique ? Parce que c’est dans les étapes de transformation – égrenage, filature, tissage, ennoblissement, confection – que se concentrent :
- la valeur ajoutée;
- les emplois qualifiés;
- les compétences techniques et managériales;
- la capacité d’innovation (nouveaux tissus, nouveaux usages, meilleure traçabilité).
En d’autres termes, chaque pourcentage de coton transformé localement représente des revenus supplémentaires pour l’économie ivoirienne, des emplois de meilleure qualité et une plus grande maîtrise de son destin industriel.
Industrialisation locale vs exportation brute : où se crée vraiment la valeur ?
Pour bien comprendre les enjeux, il est utile de comparer deux modèles : le modèle traditionnel, fondé sur l’exportation de coton brut, et le modèle en construction, basé sur l’industrialisation locale.
| Aspect | Exportation brute de coton | Transformation locale du coton |
|---|---|---|
| Création de valeur | Valeur limitée, captée majoritairement à l’étranger. | Valeur ajoutée captée en Côte d’Ivoire sur plusieurs maillons. |
| Emplois | Emplois surtout agricoles, souvent peu qualifiés. | Emplois agricoles et industriels, plus diversifiés et qualifiés. |
| Recettes fiscales | Recettes limitées, dépendantes des cours internationaux. | Base fiscale élargie grâce aux usines, services et distribution. |
| Souveraineté économique | Forte dépendance vis‑à‑vis des acheteurs étrangers. | Maîtrise accrue de la chaîne de valeur et des débouchés. |
| Image et marque pays | Pays fournisseur de matière première. | Pays producteur de textiles et de produits finis « made in Côte d’Ivoire ». |
À travers cette comparaison, le choix stratégique est évident : en misant sur l’industrialisation locale, la Côte d’Ivoire ne se contente pas d’exporter une fibre, elle exporte des produits et un savoir‑faire.
Des bénéfices multiples pour l’économie ivoirienne
Accélération de la croissance du PIB et des recettes publiques
Le développement d’une industrie coton‑textile intégrée crée un effet multiplicateur sur l’économie. Chaque usine de transformation génère :
- des emplois directs (opérateurs, techniciens, ingénieurs, cadres) ;
- des emplois indirects (transport, maintenance, logistique, services) ;
- des emplois induits (commerce, restauration, services à la personne) dans les zones concernées.
Ces activités supplémentaires se traduisent par une hausse du PIB, une augmentation des recettes fiscales et une meilleure capacité de l’État à financer ses politiques publiques (éducation, santé, infrastructures).
Création d’emplois qualifiés et montée en compétences
L’industrie textile et de transformation du coton mobilise une large palette de métiers : techniciens de filature, spécialistes de la qualité, ingénieurs de production, logisticiens, designers, responsables commerciaux, etc.
En développant une telle filière, la Côte d’Ivoire :
- offre des débouchés qualifiés à sa jeunesse ;
- stimule la formation professionnelle et technique;
- renforce ses compétences locales dans des domaines industriels à forte valeur ajoutée.
À terme, cela contribue à structurer une véritable classe moyenne industrielle, pilier d’une croissance inclusive et durable.
Renforcement de la souveraineté économique
En transformant davantage de coton sur son territoire, la Côte d’Ivoire réduit sa dépendance à l’égard :
- des fluctuations brutales des cours internationaux du coton fibre ;
- des décisions d’acheteurs étrangers concentrés sur quelques marchés ;
- des importations massives de produits textiles.
Une industrie textile nationale robuste permet de mieux contrôler les débouchés, de sécuriser des emplois locaux et de renforcer la capacité de négociation du pays sur la scène internationale. L’industrialisation du coton devient ainsi un véritable enjeu de souveraineté.
Valorisation du « made in Côte d’Ivoire »
Aujourd’hui encore, une grande partie des vêtements consommés en Côte d’Ivoire sont importés, alors même que le pays produit du coton de qualité. En développant une filière intégrée, l’objectif est de voir émerger des vêtements, tissus et produits finis fabriqués à partir de coton ivoirien, et conçus en Côte d’Ivoire.
Cette dynamique «made in Côte d’Ivoire» offre plusieurs avantages :
- ancrer la richesse créée dans l’économie locale ;
- renforcer la fierté et l’identité industrielles du pays ;
- construire une marque textile ivoirienne reconnue sur les marchés régionaux et internationaux.
Les producteurs au cœur de la mutation : revenus, visibilité et résilience
Cette transformation n’a de sens que si elle profite aussi aux premiers acteurs de la chaîne : les producteurs de coton et les communautés rurales. La stratégie portée par Ivoire Coton et par les pouvoirs publics vise justement à renforcer leur position et leurs perspectives.
Des coûts réduits et des revenus mieux sécurisés
Quand un producteur vend sa récolte à une usine située dans la même région, plusieurs bénéfices concrets apparaissent :
- des coûts logistiques réduits (moins de transport, moins d’intermédiaires) ;
- une meilleure visibilité sur les débouchés;
- des revenus plus réguliers et prévisibles;
- une capacité accrue à planifier les campagnes de production.
Avec plus de 35 000 cultivateurs partenaires, Ivoire Coton est au centre de cette logique de partenariat durable, où l’agriculteur n’est plus seulement un fournisseur de matière première, mais un acteur à part entière d’une filière intégrée.
Accompagnement vers des pratiques agricoles plus durables
La crise du jasside a montré la nécessité d’adapter les pratiques agricoles pour mieux faire face aux ravageurs et aux aléas climatiques. La modernisation de la filière passe donc aussi par :
- la diffusion de conseils techniques adaptés aux réalités locales ;
- la promotion de pratiques culturales plus durables (meilleure gestion des intrants, rotation des cultures, observation renforcée des parcelles) ;
- une meilleure organisation des producteurs au sein de coopératives performantes.
En accompagnant les cultivateurs dans cette transition, l’objectif est double : augmenter la productivité et renforcer la résilience des systèmes de production, tout en préservant les écosystèmes.
Zones agro‑industrielles et ouverture internationale : une filière tournée vers le monde
La stratégie ivoirienne repose à la fois sur une ancrage local fort et sur une ouverture maîtrisée aux partenariats internationaux. Les zones agro‑industrielles de Yamoussoukro et de Korhogo illustrent le premier volet ; les démarches de prospection et de coopération portées par les institutions illustrent le second.
En février 2025, le Conseil du coton et de l’anacarde de Côte d’Ivoire a ainsi pris part pour la première fois à de grands rendez‑vous internationaux comme le Salon international de l’agriculture à Paris et la World Cashew Conference à Dubaï. Ces participations marquent une évolution significative : il ne s’agit plus seulement de trouver des acheteurs pour des matières premières brutes, mais de rechercher des partenaires pour la modernisation industrielle du pays.
Concrètement, ces échanges peuvent permettre de :
- mobiliser des financements pour les projets d’unités de transformation ;
- accéder à des technologies de pointe dans la filature, le tissage ou la finition ;
- développer des programmes de formation conjointe;
- ouvrir des débouchés commerciaux pour des produits finis estampillés Côte d’Ivoire.
Les piliers de la réussite : financements, compétences et partenariats public‑privé
Atteindre l’objectif de 50 % de transformation locale d’ici 2030 exige une mobilisation coordonnée autour de plusieurs leviers clés.
Des financements adaptés aux besoins de la filière
La montée en puissance d’une industrie coton‑textile nécessite des investissements lourds: modernisation des usines d’égrenage, création ou extension de filatures, tissages, unités de finition, infrastructures logistiques, etc.
Pour rendre ces projets possibles, il est essentiel de :
- mettre en place des mécanismes de financement de long terme adaptés aux cycles de l’industrie ;
- mobiliser les institutions financières nationales et régionales;
- attirer des investisseurs privés, locaux et internationaux, avec une vision industrielle de long terme.
La formation et le capital humain, cœur de l’industrialisation
Une usine moderne ne se résume pas à des machines : elle repose avant tout sur des compétences humaines. Pour faire émerger une filière textile compétitive, la Côte d’Ivoire doit renforcer :
- la formation technique (maintenance industrielle, électromécanique, procédés textiles) ;
- la formation en gestion de production et en qualité;
- les compétences en design, marketing et commercialisation pour valoriser les produits finis.
Les coopérations avec des partenaires internationaux et le développement de programmes locaux de formation spécialisée seront des atouts majeurs pour hisser la filière au meilleur niveau.
Des partenariats public‑privé structurants
La transformation profonde d’une filière aussi stratégique que le coton ne peut reposer sur un seul acteur. Elle exige un véritable partenariat public‑privé, où chacun joue pleinement son rôle :
- l’État, qui fixe le cap, crée un cadre réglementaire clair, investit dans les infrastructures et les zones industrielles ;
- les industriels, comme Ivoire Coton, qui apportent leur expertise, leur capacité d’investissement et leur connaissance opérationnelle du terrain ;
- les organisations professionnelles et coopératives, qui représentent les producteurs et veillent à l’équilibre de la filière ;
- les partenaires techniques et financiers, qui accompagnent l’innovation et la montée en puissance.
C’est cette convergence d’intérêts qui permettra de transformer une vision en résultats concrets, au bénéfice de toute l’économie ivoirienne.
Innovation et durabilité au service de la compétitivité
Dans un contexte où les marchés mondiaux deviennent plus exigeants en matière de traçabilité et de respect de l’environnement, la durabilité n’est plus un « plus », c’est un véritable facteur de compétitivité.
Pour la filière coton‑textile ivoirienne, cela signifie :
- poursuivre l’adaptation des itinéraires techniques pour mieux gérer les risques sanitaires et climatiques ;
- optimiser l’utilisation des intrants pour réduire les impacts environnementaux ;
- améliorer l’efficacité énergétique des unités industrielles ;
- renforcer la traçabilité du coton, de la parcelle au produit fini.
En intégrant ces dimensions dès aujourd’hui, la Côte d’Ivoire positionne sa filière coton‑textile sur des segments de marché porteurs, où la qualité et la responsabilité sont valorisées.
Ivoire Coton, catalyseur d’une chaîne coton‑textile intégrée
Historiquement spécialisée dans la transformation du coton graine en produits semi‑finis, Ivoire Coton occupe une position centrale dans la chaîne de valeur. Avec sa nouvelle gouvernance, l’entreprise est appelée à jouer un rôle de locomotive pour l’ensemble de l’écosystème.
Concrètement, Ivoire Coton peut contribuer à :
- sécuriser et améliorer la qualité de l’approvisionnement en coton graine ;
- moderniser l’outil industriel d’égrenage ;
- faciliter l’émergence d’initiatives en aval (filature, tissage, confection) en garantissant une fibre de qualité et des volumes réguliers ;
- renforcer les relations de confiance avec les producteurs grâce à des contrats plus stables, un accompagnement technique et un partage de valeur mieux structuré.
En se positionnant clairement comme un acteur de l’industrialisation locale et non comme un simple transformateur intermédiaire, Ivoire Coton contribue directement aux objectifs fixés par l’État et au changement de paradigme de la filière.
Feuille de route : les grandes étapes d’ici 2030
Pour que la vision devienne réalité, une feuille de route claire s’impose. Parmi les grandes étapes clés à mener d’ici 2030, on peut citer :
- Consolider la production: sécuriser les volumes de coton grâce à un accompagnement renforcé des producteurs et à la diffusion de pratiques agricoles plus résilientes ;
- Moderniser l’égrenage: investir dans des équipements performants pour améliorer la qualité de la fibre et réduire les coûts ;
- Développer l’aval industriel: encourager la création de filatures, tissages et unités de confection au sein des zones agro‑industrielles ;
- Structurer les compétences: mettre en place des parcours de formation dédiés aux métiers de la filière ;
- Renforcer les partenariats internationaux: rechercher des alliances stratégiques pour la technologie, le financement et l’accès au marché ;
- Promouvoir le made in Côte d’Ivoire: soutenir l’émergence de marques et de labels valorisant les produits en coton ivoirien ;
- Mesurer les impacts: suivre les indicateurs de création d’emplois, de valeur ajoutée locale et de performance environnementale.
Pourquoi le moment est idéal pour accélérer
Plusieurs facteurs se conjuguent aujourd’hui pour faire de l’industrialisation locale du coton une opportunité à saisir sans attendre:
- une reprise progressive de la production après la crise du jasside ;
- une vision politique claire portée par le PND et les pouvoirs publics ;
- une mobilisation croissante des acteurs privés, à l’image d’Ivoire Coton ;
- un contexte international où la traçabilité, la durabilité et l’origine des fibres deviennent des critères majeurs pour les acheteurs.
En capitalisant sur cette conjoncture favorable, la Côte d’Ivoire peut franchir un cap décisif et se positionner comme un acteur textile de référence en Afrique de l’Ouest, tout en sécurisant des retombées économiques durables pour sa population.
Conclusion : faire du coton un véritable levier de souveraineté ivoirienne
L’histoire du coton ivoirien est à un tournant. Après une crise profonde provoquée par le jasside, la filière se relève avec une ambition renouvelée : transformer localement davantage de valeur, structurer une industrie compétitive et affirmer la souveraineté économique du pays.
Portée par la vision de dirigeants comme Sidi Mohamed Kagnassi, par l’engagement de plus de 35 000 producteurs, et par les orientations du Plan national de développement, l’industrialisation locale du coton est en passe de devenir une réalité tangible.
En atteignant l’objectif de 50 % de transformation locale d’ici 2030, la Côte d’Ivoire ne se contentera plus d’être un grand pays producteur de coton : elle deviendra un pôle industriel coton‑textile, créateur d’emplois, de richesses et de fierté nationale, au service d’un « made in Côte d’Ivoire » fort, visible et compétitif.